Richard III – Loyaulté me lie # 24

 

 

Les élèves de Première de l’option spécialité théâtre ont suivi le parcours de création de la pièce « Richard III – Loyaulté me lie ». Ils ont ainsi été accueillis et impliqués par l’équipe du Théâtre de l’Union, en particulier Jean Lambert-wild, Christofhe Mourlon Caffin, ainsi que Zelda Bourquin, assistante en dramaturgie, dans un travail mené avec leur professeur Laëtitia Le Van.
Ils ont mené une double expérience : à la fois recevoir, mais aussi se faire à leur tour passeur d’expérience. En tant qu’observateurs, ils ont suivi divers processus créatifs, comme la lecture des carnets de bord du projet de la pièce, la présence à une répétition, des rencontres et échanges privilégiés avec Jean Lambert-wild, Claire Seguin, Gérald Garutti, Lorenzo Malaguerra, Jean-Pierre Han – critique et théoricien de la critique,… En tant qu' »acteurs », ils ont, entre autre, été les ambassadeurs du spectacle auprès des camarades des classes théâtre du lycée, joué et mis en scène dans les rues de Limoges des scènes de Shakespeare -dans un « Richard III express » ébouriffant- , interviewé Jean Lambert-wild et Claire Séguin pour le compte de Canopé et du Théâtre.
C’est d’ailleurs au cours de leur première rencontre avec le directeur du Théâtre de l’Union qu’une nouvelle mission leur a été confiée : prendre en charge trois épisodes des carnets de bord. Partir de leur expérience aura été le fil directeur de ces écrits dans lesquels modestement ils rendent compte d’un parcours vécu sur quatre mois.

 

 

Répétition publique (2/3)

Le mercredi 16 décembre, nous avons assisté à une répétition publique au théâtre de L’Union. En arrivant nous nous sommes installés discrètement sur ces fameux fauteuils verts. Nous avons été surpris par le magnifique décor qui occupait entièrement la scène, c’était une façade très impressionnante, imposante, inattendue. Il ressemblait à un décor d’une ancienne fête foraine, de train fantôme, d’un château d’artiste, d’une rue de western… Certains d’entre nous y ont même vu des sortes de totems. Nous nous sommes imaginés alors comment les deux acteurs pourraient évoluer dans cet espace tout au long du spectacle. Nous nous sommes par la suite tournés vers les deux comédiens sur scène, Jean Lambert-wild et Elodie Bordas qui réalisaient une italienne.
Ils ont ensuite travaillé la scène où Élisabeth découvre que ses deux fils ont été tués par leur oncle Richard III. Elle suit celle où Richard III tire sur sa mère cachée de l’autre côté du rideau. Ils ont dû réfléchir avec les metteurs en scène où se trouverait le fusil avant qu’il ne le prenne et où il devrait le reposer : ils décident de le cacher dans le décor. Il tire donc trois fois, se retourne vers le public, sourit , se précipite pour sortir un siège de camping en tissu et s’assoit dessus en bord de scène. Le rideau de droite côté cour s’ouvre alors sur un stand de tir. On y découvre Élisabeth, la belle-sœur de Richard. Elle tient dans ses mains deux barbes à papa mangées et écrasées, qui représentent les cadavres de ses fils que Richard a fait assassiner. Elle s’en lamente et c’est à ce moment précis que Richard choisit de lui dire qu’il souhaite épouser sa fille.

1927

Nous assistons alors à un obstacle de mise en scène. Les deux metteurs en scène, Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti, n’étaient pas d’accord avec la proposition d’interprétation de Jean Lambert-wild. Lorenzo souhaitait qu’il le joue plus sensible, proche et manipulateur, la femme à qui il parlait étant effondrée à cause de la perte de ses enfants. Lambert-wild n’adhère pas à cette vision parce que cela créerait une énième scène de séduction comme avec celle de Lady Anne. Il veut donc le dire froidement, mécaniquement, sans émotion, car il considère que Richard III est le roi et n’a donc pas à faire d’efforts. Lui a le pouvoir et Élisabeth n’a qu’à obéir. L’atmosphère de travail devient tendue, ils n’arrivent pas à trouver un accord. Faut-il le jouer de façon formelle ou sincère ? Faut-il calmer le jeu, pour avoir un moment plus calme dans le spectacle ? Faut-il qu’on ressente une domination de Richard III? Nous nous sentions mal à l’aise d’assister à leur différend. Nous avions l’impression d’être témoin de leur intimité. Certains d’entre nous auraient aimé donner leur avis. D’autres constataient que les professionnels rencontraient les mêmes difficultés que les amateurs. Lambert-wild ne trouvait pas un mode de jeu qui convenait à son clown, il ne trouvait pas d’appui dans ses paroles. Impasse. Et recherche ardente.
Les deux acteurs se sont alors concertés pour proposer une autre version : se lever des sièges pour être moins statiques. Cette nouvelle façon de le jouer plus en mouvement a plu à tout le monde et l’ambiance s’est détendue. Ils ont même commencé à rire !

©Tristan Jeanne-Valès

©Tristan Jeanne-Valès

Nous avons dû attendre un mois pour voir le résultat final de cette répétition lors de la représentation.
La scène dans le spectacle avait été complètement modifiée. Nous l’avons vue sous un autre angle. Aussi bien visuellement que dans la visée de la scène. Plus de placements sur l’avant scène du plateau. Elisabeth apparaît sur le trône rouge qui surplombe le décor, symbolisant le pouvoir du roi. Elle a les jambes écartées, dénudées. Au lieu de garder les barbes à papas comme des poupons, elle les laisse tomber dans le vide avec désolation. Ses jambes écartées et dénudées peuvent être interprétées de plusieurs façons : soit elle veut être provocante, assez aguicheuse, soit cela représente le fait qu’elle vient d’être violentée, voire violée ; elle apparaît faible, épuisée, abandonnée et sans retenue. Cela nous rappelle l’acte d’accoucher ou peut-être une posture masculine pour dominer, face à Richard III. Quant à ce dernier, il n’a pas besoin d’être affectif ou séducteur pour la convaincre ; il est roi donc il considère qu’elle doit lui obéir. Certains d’entre nous ont apprécié cette idée de jouer avec le pouvoir et de découvrir cette nouvelle proposition d’espace, d’autres ont jugé que l’espace ne permettait pas d’exprimer la violence et l’agressivité du texte.
Nous avons pu mesurer à travers cette expérience l’importance de la mise en scène et de la recherche collective.

1925

Les marcassins de Richard III,
élèves de 1ere spécialité
théâtre du lycée Limosin

 

Spectacle

Un clown, alité, face à son propre reflet, face à un double féminin qui se métamorphose, lui renvoyant l’image de...