Resonances

La Grande Guerre est une parenthèse dans le temps. Tous les repères s'estompent peu à peu. Pendant quatres années, des millions hommes se sont battus, sont morts, sans savoir véritablement pourquoi, où, quand et contre qui.
Pendant quatre années, des millions hommes n'ont plus entendu les sons, les bruits, qui entouraient leur vie de tout les jours, les voix des femmes, les cris des enfants, les silences paisibles ou le brouhaha des villes. Ils ont vécu quatre années aux rythmes des bombes et des mitrailleuses.
Une partition rigoureusement réglée, des métronomes dans tous les sens, des bribes de vie, des souvenirs d'images et de sons se retrouvent systématiquement transformés, distordus, déchiquetés par les tirs réguliers des canons, les sifflements de obus, les explosions et les tirs saccadés des mitrailleuses.
Une partition qui durera quatre ans. C'est la plus longue que l'homme ait créée. D'ailleurs il ne s'en ait jamais vraiment remis. Les chefs d'orchestre étaient fous, et les métronomes trop nombreux, plus personne ne savait quoi jouer.
Ecouter des sons peut être un plaisir, et là c'est un cauchemar. La matière sonore était riche et dense mais l'orchestration mauvaise. Les silences étaient angoissants et les percussions trop nombreuses.
Il faudrait faire encore beaucoup d'essais pour réussir une telle partition. Ne soyons pas inquiets, l'homme y travaille encore régulièrement.

 

Jean-Luc Therminarias