Extrait du texte

 

 J’ai aménagé ma maison, et le résultat semble être une réussite. On se méprendrait sur mon compte si l’on croyait que je suis lâche et que je m’aménage une maison par pure couardise.

Ma maison est aussi bien protégée qu’il est possible de l’être en ce monde ; bien sûr, quelqu’un peut y pénétrer et tout détruire à jamais. Je le sais fort bien, et même aujourd’hui, à l’apogée de ma vie, je n’ai pas une minute de réelle tranquillité : je suis mortelle, et je vois souvent dans mes rêves un museau qui ne cesse de renifler avidement alentour.

La prudence exige que l’on risque sa vie.

 Je vis en paix au coeur de ma demeure, et pendant ce temps, quelque part, l’ennemi creuse lentement et silencieusement tout en se rapprochant de moi ; peut-être m’ignore-t-il autant que je l’ignore, mais il existe des ennemis acharnés qui creusent aveuglément. Évidemment, j’ai l’avantage d’être chez moi, de connaître parfaitement tous mes couloirs et leurs orientations. Le bandit peut très bien devenir ma victime. Mais je me fais vieille, beaucoup sont plus forts que moi, et mes ennemis sont innombrables ; en voulant échapper à l’un, je pourrais tomber entre les griffes de l’autre. Et ce ne sont pas seulement les ennemis extérieurs qui me menacent. Il y en a aussi à l’intérieur de la terre. Je ne les ai encore jamais vus, mais il est question d’eux dans les légendes et je crois fermement à leur existence. Ce sont des esprits souterrains. Ils arrivent, on entend leurs ongles gratter juste au-dessous de soi ; à ce moment on est déjà perdu.