Les portes du mythe par Jean Lambert-wild

 

La scénographie est une science poétique curieuse qui emprunte à toute les sciences. Il faut que le temps se dilate sur scène, que l’espace se contracte, que la masse de nos émotions soit la gravité de notre destin indéfini. C’est aussi une musique, une harmonie en chants d’oiseaux, une forêt mystérieuse où les hommes s’enchaînent à des troncs d’arbres pour boire la sève de la terre  qu’une eau de pluie rend amoureuse.

Je ne suis pas scénographe, je suis un poète calligraphe. J’essaye, en composant un espace, d’offrir une géométrie magique qui permettra aux corps des acteurs de se heurter et, par ce choc, d’expulser les mots qui permettront aux spectateurs de découvrir l’étendue infinie de leur propre cosmos.

Roberto Zucco est une fable importante. Un défi de calligraphe. Elle est apparemment irreprésentable. Les lieux changent d’une scène à une autre. C’est un étrange labyrinthe où l’on déambule sans repère. C’est un trou noir qui aspire toute la lumière du monde.

On ne peut pas représenter sur scène les trous noirs. C’est impossible ! Mais l’on peut montrer le chemin qui y conduit. Avec mon ami Lorenzo Malaguerra nous avons choisi de vous conduire jusqu’aux portes de cette singularité gravitationnelle occulté par un horizon absolu. Plus de dedans, plus de dehors, plus d’intérieur, plus d’extérieur, pas plus de réel que d’abstraction. Mais un mythe que nous vous proposons de traverser de portes en portes en suivant la course hallucinée de Roberto Zucco. Ce dévoreur de mondes qui croit être le testament de la lumière.

Ici, je remercie Renaud Lagier qui éclaire une géométrie qui, sans sa lumière, serait informe. Ici, je remercie Lorenzo Malaguerra qui donne sens à la géométrie inexplicable de ma calligraphie et surtout je remercie tous les acteurs qui donnent vie et poésie à cette géométrie de l’impossible mathématique de notre condition humaine, toujours amoureuse, toujours monstrueuse.