«Ecoute un peu l'histoire de la chèvre de M. Seguin, tu sauras ce que c'est de vouloir vivre libre…».

Marcher vers la liberté est une décision toujours difficile.

Il faut, en fermant son baluchon, comprendre que chaque pas nous changera et que celui qui part ne sera pas celui qui arrivera.
Il faut, en se redressant, se promettre qu'aucun loup ne nous fera rebrousser chemin.
Il faut, avant le premier pas, vouloir vivre sans refuser la douleur de vivre.
Il faut, pour se mettre en route, accepter la beauté tragique de notre existence.

Enfant, cette fable d'Alphonse Daudet m'avait été offerte par mon grand-père.
C'était un homme à la fierté belliqueuse qui, en cachette de ma mère, me faisait la lecture d'histoires merveilleuses, toutes dites pour rassasier mes rêves naissants.
La chèvre de Monsieur Seguin était son histoire favorite.
Je me souviens de sa voix ferme, aimant la chèvre et imitant le loup, border mon corps avant qu'il ne glisse dans les marais secrets du sommeil.

Un jour qu'il brulait les feuilles mortes de son jardin, attiré par le feu, j'étais venu l'aider armé d'une fourche trop lourde pour mes bras de maigrichon.
Il me laissa batailler comme un petit diablotin.
Je m'agitais tant et si bien que je perdis connaissance, vaincu par la fumée lourde des végétaux grassement nourris du souvenir d'un été humide et chaud.

Je me réveillai dans ses bras
– N'as tu pas eu peur ? me dit il .
– Je n'ai pas eu peur et même si je devais rencontrer le loup je ne tremblerais pas.
– Jean ! N'oublie pas ! Seul les lâches et les morts ne tremblent plus.

Depuis je marche et je tremble.
J'espère que vous retrouverez toute la vie de ce tremblement dans cette adaptation de La Chèvre de Monsieur Seguin d'Alphonse Daudet..

Jean Lambert-wild