Richard III – Loyaulté me lie # 14

 

Emblème et devise (1/2)

Pour l’authentique Richard III, Roi d’Angleterre et seigneur d’Irlande qui fut récemment enterré à Leicester, « Loyaulté me lie » représente bien plus qu’une simple devise. A cette époque féodale, la loyauté est une valeur incontournable du code chevaleresque, et Richard, alors Duc de Gloucester, fit le choix de cette devise comme fondement de chacune des actions qu’il allait mener.
Cette devise était écrite en français car le français ancien et le latin étaient alors en Angleterre les langues de la haute société, de la justice et de la cour. Voilà pourquoi, sur l’étendard de Richard, sa devise est écrite en ancien français avec un « l » supplémentaire au substantif Loyaulté.

Cela marque également un engagement officiel fort d’un réel choix de vie pour Richard. Malgré tout ce que l’on peut croire, et cela en partie par l’image qui nous est donnée d’un tyran machiavélique, fourbe, traître ou égoïste, Richard fut toujours fidèle aux gens qu’il estimait et en qui il pouvait avoir confiance indépendamment des circonstances. Ainsi, depuis son enfance, Richard a toujours soutenu et estimé Edward IV, son frère ainé, et a choisi cette devise très jeune pour sceller cette loyauté qui l’unissait à lui. Depuis son triomphe sur les Lancastre à Towton en 1461, Richard voit en son frère un héros et, bien que très jeune, il le soutiendra désormais corps et âme pour la reconquête du trône d’Angleterre en 1471. Richard III aurait déclaré tout jeune « Yet he took care to watch over his brothers and sister, regaling them with tales of his adventures, warming them with his affection and his greatness. How could there be anything better than to follow forever and to serve this wonderful brother, so splendid, so kind? »* Et il continua à le servir et à le protéger jusqu’à sa mort.

En 1483, Edward IV meurt. Richard prit alors la protection de son neveu, le jeune Edward V, fils ainé d’Edward IV, parce que c’étaient les volontés de son frère et que c’est ce qu’il attendait de lui. Par une lettre à la reine et au conseil, ainsi que sous serment, Richard affirma sa fidélité auprès de son neveu et œuvra sincèrement à son intronisation.
Richard nous est présenté comme un bossu boiteux et hideux, et nous apprenons aujourd’hui grâce aux recherches scientifiques qu’il avait effectivement une scoliose, pas courbé comme on peut imaginer un bossu, mais asymétrique avec l’épaule droite plus haute que la gauche ; et la reconstitution de son visage grâce aux images scannées en 3D nous permet de voir qu’il n’était pas si monstrueux et hideux que cela. L’Histoire nous dit qu’il aurait fait enfermer et assassiner ses neveux mais les sources sont confuses et contradictoires, et rien, encore cinq siècles plus tard ne peut prouver cela. L’œuvre de Shakespeare contribue à véhiculer cette mauvaise image de Richard III, mais, un siècle après la mort du Roi à la Bataille de Bosworth, il est fort possible que ce ne soit qu’une rumeur inventée de toutes pièces et désirée par la famille Tudor, notamment Elisabeth 1ère, pour abîmer l’image de ce roi aux yeux de la société et ainsi, détruire l’image de Richard III à travers les siècles. Ce qui est certain, c’est que Richard voulait contrôler la situation pour que celle-ci trouve une issue conventionnelle et en accord avec les volontés de son frère aîné. La pièce de Shakespeare nous offre le plaisir de jouer de cette ambiguïté, de confronter le personnage historique de Richard III au personnage théâtral construit par Shakespeare pour comprendre comment le fantôme de ce roi d’Angleterre est devenu la figure attirante et repoussante de la conquête du pouvoir.

 

 

 

Aussi, nous avons choisi d’ajouter la devise du Roi Richard au titre de notre adaptation de la pièce de Shakespeare : tout d’abord pour avouer que, même si nous n’avons pas fait de rajout à la langue de Shakespeare, nous ne jouons pas la pièce dans son intégralité ; mais surtout pour témoigner que nous avançons tous ensemble, unis par cette même valeur de Loyauté qui nous lie au théâtre, qui nous lie aux spectateurs, qui nous lie aux acteurs, qui nous lie à la langue de Shakespeare et à la magie de son imaginaire. 

 

* « il a pris soin de veiller sur ses frères et sœurs, les régaler avec des histoires de ses aventures, les réchauffer avec son affection et de sa grandeur. Comment pourrait-il y avoir quelque chose de mieux que de suivre toujours et pour servir ce merveilleux frère, si splendide, si gentil » Richard III – biographie par Paul Murray Kendall p.38

 

Spectacle

Un clown, alité, face à son propre reflet, face à un double féminin qui se métamorphose, lui renvoyant l’image de...