Richard III – Loyaulté me lie # 12

La Mélancolie de Richard (1/2)

Selon un texte attribué à Aristote – l’Homme de génie et la mélancolie –, la mélancolie était la marque des hommes illustres et des créateurs. Décrite comme une affection écartant l’individu loin des dieux, le portant aux excès, à la luxure et aux colères comme aux enthousiasmes passagers, la mélancolie est intéressante dans la compréhension de Richard III. Cette idée, selon laquelle ni les dieux ni les hommes n’ont de prise sur un caractère mélancolique, explique bien davantage que la simple méchanceté le caractère du roi. Elle dévoile même un aspect central de sa personnalité : une extrême créativité dans le chemin qui le mène au pouvoir.

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Lire à la lumière de la mélancolie la scène entre Richard et Lady Anne, où celui-ci la séduit contre toute attente, permet de résoudre un problème de jeu assez inextricable : comment jouer finement et avec la légèreté propre à la séduction une situation aussi extravagante et qui inspire un dégoût aussi puissant ? Construire l’interprétation sur la veulerie, la méchanceté, la manipulation, le cynisme et la terreur est possible. Mais comment rendre attirant quelqu’un de parfaitement ignoble ? Il faut en quelque sorte imaginer que Richard III – s’il sait très exactement ce qu’il fait – ne témoigne d’aucune empathie et n’est accessible à aucune pitié. Les émotions coulent sur lui comme l’eau sur la plume, les pires horreurs, les joies comme les plus petits chagrins. Il est d’ailleurs marquant que ce qui devrait susciter chez lui une joie immense – comme celle d’accéder enfin au trône – produise davantage de noirceur que de sentiment positif. Ainsi, un Richard III animé de mélancolie offre à l’acteur un terrain de jeu de tous les possibles, où chaque réplique peut être construite comme une surprise pour le spectateur. Et donne également la possibilité d’une grande ouverture à l’humour, ce qui est en phase avec notre option d’un Richard III métamorphosé en clown inquiétant et monstrueux mais imprégné de drôlerie.

Le projet politique de Richard est animé par une très grande créativité, marque des esprits mélancoliques, toujours selon Aristote. La marche vers son accession au pouvoir est un modèle du genre : Richard anticipe par son intelligence et sa rouerie l’issue des situations dans lesquelles il se trouve, donnant ainsi l’impression d’un pur génie à l’œuvre, bien au-dessus de la mêlée. Il séduit, il tue, il manipule, il trouve la sympathie du public en se confiant à lui dans un mouvement parfaitement rythmé. Autant sa démarche physique est chaotique, autant est gracieuce son agilité d’esprit. Le meilleur signe de la mélancolie de Richard III se situe peut-être dans sa légèreté que nous ferons nôtre – insoutenable pour tous ceux qui le croisent mais jouissive pour tous ceux qui le regardent.

 

Spectacle

Un clown, alité, face à son propre reflet, face à un double féminin qui se métamorphose, lui renvoyant l’image de...